La mémoire de travail, à chaud

Le congrès du GDR Mémoire, qui vient de se terminer, a confirmé les dissensions entre chercheurs et communautés scientifiques autour de la notion de mémoire de travail. Le « malaise » était parfois palpable par les précautions oratoires que certains intervenants avaient fini par adopter dans l’exposé de leurs travaux portant sur ce sujet. Je vous propose, dans ce court billet, ma réaction à chaud concernant ces discussions.

Sans surprise, finalement, le terme de mémoire de travail s’est avéré polysémique. Par exemple, chez l’homme, la mémoire de travail est, notamment, un système de stockage temporaire des informations à durée limitée, de l’ordre de quelques secondes. Ce n’est pas forcément le cas dans la recherche chez l’animal non humain où l’aspect « durée » est, nous a-t-on dit, moins prégnant.

Les problèmes de définition de la mémoire de travail ont déjà été discutés dans la littérature (voir, par exemple, Adams et al., 2018 ; Cowan, 2017). À titre d’illustration, j’ai compilé, dans le tableau ci-dessous, les définitions de la notion formulées par les auteurs des chapitres du livre collectif édité par Logie, Camos et Cowan (2021). Elles sont principalement issues de travaux chez l’homme. 


Chapitre (authors)
Définition
1 (Logie, Camos, & Cowan)Working memory (WM) refers to our ability to keep a small amount of information readily available for our current activities, and to support decisions, guide actions, make statements, and keep track of conversations, to navigate and support creative thinking and problem-solving, to remember to do things, and to update what is going on around us throughout the day.
2 (Baddeley, Hitch, & Allen)A limited capacity system for the temporary maintenance and processing of information in the support of cognition and action.
3 (Cowan, Morey, & Naveh-Benjamin)The ensemble of components of the mind that hold a limited amount of information temporarily in a heightened state of availability for use in ongoing information processing.
4 (Barrouillet & Camos)WM is the structure where mental representations are built, maintained, and modified according to our goals.
5 (Oberauer)WM is a medium for building, holding, and manipulating temporary representations that control our current thoughts and actions.
6 (Vandierendonck)
WM is the part of the memory system used to support goal-directed activities. This support includes maintaining the task goal, the selected way to achieve this goal, and the constraints or limitations of this achievement. The WM system also maintains all interim results so as to enable continuation after task interruption.
7 (Mashburn, Tsukahara, & Engle)We define working memory as the cognitive system that permits the maintenance of goal-relevant information. More structurally, working memory comprises domain-general executive attention coupled with domain-specific short-term memories. We regard short-term memory as those aspects of long-term memory residing above some activation threshold, making them available or potentially available to influence ongoing cognition, as well as those processes necessary to keep this activation above threshold (e.g. subvocal rehearsal).
8 (Hambrick, Burgoyne, & Araujo)In the spirit of Boring (1923), we define working memory capacity (WMC) as whatever is measured by the psychological instruments that the field can agree to call working memory tasks. We are agnostic about which theory and definition of working memory is the ‘right’ one. Taking an ecological perspective, we view working memory performance in terms of the relationship between the person (including knowledge, skills, and abilities) and the environment (including objects and other affordances).
9 (Martin, Rapp,  Purcell)Storage systems dedicated to maintenance of specific types of information that are crucial for operation of the system.
10 (Reuter-Lorenz & Jordan)WM is a capacity-limited system for the short-term maintenance and manipulation of (domain-specific) information held actively in mind, and commensurate with the notion of the activated portion of long-term memory (LTM). We advocate for better integration of psychologically and neurally informed construct development.
11 (Hakim, Awh, & Vogel)We endorse the embedded-processes model, which puts working memory (WM) in the context of other types of memory. However, we define WM as the processes that maintain a limited amount of information via active neural firing. Therefore, our view of WM closely aligns with the embedded-processes model’s definition of the focus of attention.
12 (Postle)The ability to hold information in an accessible state—in the absence of relevant sensory input—to transform it when necessary, and to use it to guide behaviour in a flexible, context-dependent manner.
13 (Wijeakumar & Spencer)In dynamic field theory (DFT), WM is an attractor state where representations are self-sustained through strong recurrent interactions between excitation and inhibition.
14 (Logie, Belletier, & Doherty)Our hypothesis is that WM is a collection of domain-specific temporary memory stores and cognitive functions that work in concert to support task performance. Detailed definitions vary according to the research questions and the level of explanation being addressed rather than because of fundamental theoretical differences.
DÉFINITIONS DE LA MÉMOIRE DE TRAVAIL PAR LES AUTEURS DES CHAPITRES DANS L’OUVRAGE COLLECTIF WORKING MEMORY: THE STATE OF THE SCIENCE (2021)

Au bout du compte, et dans l’état actuel des choses, l’analyse provocatrice de Hambrick, Burgoyne et Araujo m’apparaît comme étant (temporairement ?)… la plus satisfaisante. Les auteurs prennent exemple sur la manière (décriée !) dont Boring (1923) définissait l’intelligence comme ce que mesurent les tests… d’intelligence. Leur proposition, il me semble, donne un sens à la mémoire de travail en fonction de l’usage du terme dans les discours scientifiques, plutôt qu’en essayant de lui attribuer une définition sous forme de conditions nécessaires et suffisantes.

Un intervenant a proposé que le GDR Mémoire organise une journée de réflexion sur la notion. Ma vision, aujourd’hui de plus en plus radicale sur la terminologie de la mémoire (et de la psychologie, plus généralement), me conduit à penser que celle-ci devrait s’intituler : « Comment se débarrasser (définitivement) du terme de mémoire de travail »…

Les discussions devraient s’articuler autour de la recherche de lexicalisations différentes des concepts qui sont subsumés, de mon point de vue à tort, sous la notion de mémoire de travail, et qui n’ont, parfois, que peu de choses en commun. La mémoire de travail pourrait bien ne pas constituer une espèce naturelle (Gomez-Lavin, 2021). 

SI CONCEPTS DIFFÉRENTS IL Y A, TERMES DIFFÉRENTS TU UTILISERAS.

Les communautés travaillant sur la mémoire appellent de leurs vœux l’émergence d’une sorte de lingua franca pour le domaine. Une étape dans ce processus consiste, selon moi, à embrasser un nouveau langage quand il le faut. Malgré les habitudes et la difficulté d’en changer, c’est, je crois, le prix à payer pour désamorcer les ambiguïtés et confusions conceptuelles qui persistent dans ce passionnant domaine de recherche.

Lecture complémentaire

  • The brain doesn’t think the way you think it does. Plusieurs spécialistes de la cognition et des émotions sont interrogés sur les catégories mentales de la psychologie. Ils plaident pour une révision conceptuelle et terminologique. Ce sujet est aussi discuté dans notre ouvrage (Aimé & Arnould, 2021).

Références citées

  • Adams, E., Nguyen, A., & Cowan, N. (2018). Theories of working memory : Differences in definition, degree of modularity, role of attention, and purpose. Language Speech and Hearing Services in Schools49, 340‑355. https://doi.org/10.1044/2018_lshss-17-0114
  • Aimé, X., & Arnould, F. (2021). Modélisation ontologique & psychologies : une influence réciproque. Éditions matériologiques.
  • Boring, E. G. (1923). Intelligence as the tests test it. New Republic, 35‑37. https://doi.org/10.1037/11491-017
  • Cowan, N. (2017). The many faces of working memory and short-term storage. Psychonomic Bulletin & Review24(4), 1158‑1170. https://doi.org/10.3758/s13423-016-1191-6
  • Gomez-Lavin, J. (2021). Working memory is not a natural kind and cannot explain central cognition. Review of Philosophy and Psychology12(2), 199‑225. https://doi.org/10.1007/s13164-020-00507-4
  • Logie, R., Camos, V., & Cowan, N. (Eds.). (2021). Working memory: The state of the science. Oxford University Press.

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Les pics historiques du pic de réminiscence

Dans ce court billet, je vais présenter le principe général de la technique RPYS ou Reference Publication Year Spectroscopy (Marx et al., 2014). Sous cette expression intimidante se cache, en fait, une méthode bibliométrique très simple à comprendre. 

L’objectif de cette procédure est d’analyser la fréquence des références citées dans les articles d’un domaine de recherche, en fonction de leur année de publication. Le spectrogramme obtenu est composé de deux courbes. La première correspond simplement au nombre de références citées par année de publication (par exemple, le nombre de références citées et publiées en 1986). La seconde présente, pour chaque année de publication des références citées, la déviation par rapport à la médiane sur cinq ans. Il s’agit donc de l’écart du nombre de références citées d’une année (par exemple, 1986) par rapport à la médiane du nombre de références citées des deux années précédentes (1984, 1985), de l’année courante (1986) et des deux années suivantes (1987, 1988). 

Ce sont les pointes apparaissant dans ces courbes, tout particulièrement les pointes positives, qui désignent les racines historiques d’un domaine de recherche. Elles mettent ainsi en exergue les publications individuelles dans lesquelles une communauté scientifique a puisé en priorité ses méthodes, théories, concepts ou résultats empiriques. En bref, ce sont les publications fondatrices d’un champ de recherche. 

La courbe des écarts s’avère en particulier très utile pour détecter ces pointes, car chaque année est comparée aux années adjacentes (Thor et al., 2016a).

Plusieurs logiciels réalisent des analyses RPYS. C’est le cas, par exemple, du paquet R bibliometrix. Pour cet exercice, j’ai plutôt choisi CRExplorer (Thor et al., 2016a, 2016b). C’est une application libre, développée en Java, et qui doit pouvoir fonctionner sur la plupart des systèmes d’exploitation. Elle dispose d’une interface graphique pour faciliter la prise en main de la technique.

Soyons maintenant plus concrets. J’ai analysé avec cette méthode un corpus de 140 articles récupérés dans Scopus et portant sur le pic de réminiscence (reminiscence bump, en anglais). Ce phénomène montre que les personnes de 40 ans, et plus, ont tendance à se souvenir d’un nombre plus élevé d’événements autobiographiques quand ceux-ci ont été vécus pendant leur adolescence et le début de leur vie d’adulte. Il s’agit d’un phénomène robuste, bien qu’il soit sensible à certains facteurs (par exemple, à la méthode utilisée pour recueillir les souvenirs). 

Pic de réminiscence
LE PIC DE RÉMINISCENCE
(CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR)

Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet, je vous recommande la lecture de la récente synthèse systématique de Munawar et al. (2018). Elle présente l’avantage supplémentaire d’être en accès libre (lien).

Les articles du corpus citent 3568 références, après regroupement. En effet, une référence peut être rédigée de différentes manières. Heureusement, CRExplorer est capable de regrouper et de fusionner automatiquement les variants d’une référence citée. L’utilisation de ce traitement doit néanmoins inciter à la prudence, car des erreurs peuvent être commises. Toutefois, l’application permet de corriger manuellement les regroupements erronés éventuels ou de procéder à des regroupements de références identiques que l’algorithme automatique n’aurait pas détectées. 

Le graphique, ci-dessous, montre l’analyse RPYS du corpus dédié au pic de réminiscence : le nombre de références citées (courbe verte) et la déviation par rapport à la médiane sur cinq ans (courbe grise) par année de publication de ces documents.

RPYS DE LA RECHERCHE SUR LE PIC DE RÉMINISCENCE
RPYS DE LA RECHERCHE SUR LE PIC DE RÉMINISCENCE
(CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR)

Analysons quelques pointes positives de la courbe des écarts. La première qui semble intéressante se situe en 1879. C’est l’année où paraît Psychometric experiments de Francis Galton. Le savant britannique y décrit une méthode devenue classique pour l’étude de la mémoire autobiographique. Elle a été révisée par Crovitz et Schiffman dans un article publié en 1974, qui contribue, d’ailleurs, à l’émergence d’une autre pointe dans l’analyse RPYS. La méthode Galton-Crovitz, ou technique des mots-indices, consiste à demander au sujet de générer des souvenirs autobiographiques, en réponse à des mots qui lui sont présentés, et à les dater.

La pointe en 1950 correspond à la publication du livre Childhood and Society par le psychologue du développement Erik Erikson. Certains chercheurs estiment que le pic de réminiscence pourrait s’expliquer par le fait qu’il correspondrait à une période importante dans le développement de l’identité personnelle, d’où la référence qui est faite à cet auteur.

Sans aucun doute, il s’est passé quelque chose en 1986. C’est, en quelque sorte, l’année de découverte du pic de réminiscence par le psychologue américain David Rubin et ses collaborateurs (Rubin et al., 1986). Les chercheurs ont combiné les résultats de plusieurs études, dont la leur, sur la mémoire autobiographique. L’analyse du décours temporel des souvenirs, en fonction de l’âge des personnes au moment de l’encodage des évènements, a fait apparaître le fameux pic. Les études antérieures qui ont été réanalysées contribuent d’ailleurs aux pointes en 1977 et 1984 (Fitzgerald & Lawrence, 1984 ; Franklin & Holding, 1977).

L’application CREXplorer propose d’autres indicateurs pour identifier les références individuelles les plus influentes : les N_TOP50, N_TOP25 et N_TOP10. Par exemple, l’indice N_TOP10 correspond au nombre d’années citantes parmi lesquelles une référence citée a fait partie des 10 % des publications les plus citées (Thor et al., 2018). L’article de Rubin et al. (1986) arrive en tête du classement N_TOP10, avec un score de 15 années dans le corpus analysé.

Bien évidemment, les résultats qui précèdent sont dépendants de la couverture de la base interrogée et de la réponse fournie à la requête qui a été utilisée dans Scopus. En l’occurrence, j’ai uniquement recherché les articles contenant dans leur titre, résumé ou mots-clés, les expressions suivantes :

"reminiscence bump" OR (memory AND bump)

La méthode RPYS a déjà été appliquée à de très nombreux sujets. En philosophie des sciences, à titre d’illustration, elle a permis de détecter l’importance pour la discipline des travaux d’Einstein, de l’empirisme logique (Reichenbach, Carnap, Hempel), ainsi que des œuvres de Popper et Kuhn (Wray & Bornmann, 2015). Les textes fondateurs dans ce domaine ont été publiés essentiellement sous forme de livres, et non sous forme d’articles dans des revues scientifiques.

La technique permettrait aussi de retracer l’origine de légendes scientifiques, comme celle des pinsons de Darwin (Marx & Bornmann, 2014). Cette possibilité offre des perspectives intéressantes, notamment dans le domaine de la psychologie… 

J’envisage d’utiliser la méthode RPYS pour enrichir les bibliographies du thésaurus de la mémoire, afin d’identifier les publications fondatrices des concepts du domaine… ou pour vérifier qu’elles y sont déjà !

Bibliographie

  • Fitzgerald, J. M., & Lawrence, R. (1984). Autobiographical memory across the life-span. Journal of Gerontology39(6), 692–698. https://doi.org/10.1093/geronj/39.6.692
  • Franklin, H. C., & Holding, D. H. (1977). Personal memories at different ages. Quarterly Journal of Experimental Psychology29(3), 527–532. https://doi.org/10.1080/14640747708400628
  • Galton, F. (1879). Psychometric experiments. Brain2(2), 149–162.
  • Marx, W., & Bornmann, L. (2014). Tracing the origin of a scientific legend by reference publication year spectroscopy (RPYS): The legend of the Darwin finches. Scientometrics99(3), 839–844. https://doi.org/10.1007/s11192-013-1200-8
  • Marx, W., Bornmann, L., Barth, A., & Leydesdorff, L. (2014). Detecting the historical roots of research fields by reference publication year spectroscopy (RPYS). Journal of the Association for Information Science and Technology65(4), 751–764. https://doi.org/10.1002/asi.23089
  • Munawar, K., Kuhn, S. K., & Haque, S. (2018). Understanding the reminiscence bump: A systematic review. PLOS ONE13(12), e0208595. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0208595
  • Rubin, D. C., Wetzler, S. E., & Nebes, R. D. (1986). Autobiographical memory across the lifespan. In D. Rubin (Ed.), Autobiographical memory (pp. 202–221). Cambridge University Press.
  • Thor, A., Marx, W., Leydesdorff, L., & Bornmann, L. (2016a). Introducing CitedReferencesExplorer (CRExplorer): A program for reference publication year spectroscopy with cited references standardization. Journal of Informetrics10(2), 503–515. https://doi.org/10.1016/j.joi.2016.02.005
  • Thor, A., Marx, W., Leydesdorff, L., & Bornmann, L. (2016b). New features of CitedReferencesExplorer (CRExplorer). Scientometrics109(3), 2049–2051. https://doi.org/10.1007/s11192-016-2082-3
  • Thor, A., Bornmann, L., Marx, W., & Mutz, R. (2018). Identifying single influential publications in a research field : New analysis opportunities of the CRExplorer. Scientometrics116(1), 591‑608. https://doi.org/10.1007/s11192-018-2733-7
  • Wray, K. B., & Bornmann, L. (2015). Philosophy of science viewed through the lense of “Referenced Publication Years Spectroscopy” (RPYS). Scientometrics102(3), 1987–1996. https://doi.org/10.1007/s11192-014-1465-6

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S’initier à la philosophie contemporaine de la mémoire

Mise à jour : 12 avril 2023

Non, il n’y a pas qu’Aristote, Locke ou Bergson qui se sont intéressés à la mémoire. La philosophie de la mémoire connait, bien au contraire, un véritable renouveau depuis quelques années. Les thèses qui y sont discutées sont absolument passionnantes, et aussi stimulantes pour les chercheurs d’autres champs disciplinaires partageant le même objet d’étude (neurosciences, psychologie, histoire, etc.).

Pour vous en convaincre, rendez-vous sur PhilMemBib, une bibliographie en ligne des travaux du domaine, maintenue par le Centre de philosophie de la mémoire de l’université Grenoble-Alpes :

J’indique, ci-dessous, les sources que j’ai consultées en priorité pour m’initier au domaine, sachant que je ne suis pas philosophe de formation. Pour commencer, je recommande l’article en ligne Memory, de l’encyclopédie de la philosophie de Stanford, qui constitue une excellente introduction :

  • Michaelian, K., & Sutton, J. (2017). Memory. In E. N. Zalta (Ed.), The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Summer 2017). Metaphysics Research Lab, Stanford University. Lien.

En complément :

  • Frise, M. (2023). Epistemological problems of memory. In E. N. Zalta & U. Nodelman (Eds.), The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Summer 2023). Metaphysics Research Lab, Stanford University. Lien.
  • Senor, T. D. (2019). Epistemological problems of memory. In E. N. Zalta (Ed.), The Stanford Encyclopedia of Philosophy(Fall 2019). Metaphysics Research Lab, Stanford University. Lien.

Parmi mes ouvrages de référence, ceux vers lesquels je me tourne régulièrement, on trouvera, en français :

  • Perrin, D. (2012). Qu’est-ce que se souvenir ? Vrin. Lien.

Et sur l’Encyclopédie philosophique en ligne :

En anglais :

  • Berninger, A., & Ferran, Í. V. (2023). Philosophical perspectives on memory and imagination. Routledge. Lien.
  • Bernecker, S., & Michaelian, K. (Eds.). (2017). The Routledge handbook of philosophy of memory. Routledge. Lien.
  • Michaelian, K., Debus, D., & Perrin, D. (Eds.). (2018). New directions in the philosophy of memory. Routledge. Lien.
  • Sant’Anna, A., Jude McCarroll, C., & Michaelian, K. (Eds.). (2022). Current controversies in philosophy of memory. Routledge. Lien.
  • Senor, T. D. (2019). A critical introduction to the epistemology of memory. Bloomsbury Academic. Lien.

Je termine par une courte sélection d’articles autour d’un thème qui retient plus spécialement mon attention, celui de la mémoire comme espèce naturelle :

Le thésaurus de la mémoire, dont je m’occupe, contient encore peu d’entrées spécifiques de la philosophie de la mémoire :

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Ontologies et psychologies : notre livre est sorti !

Voilà ! Après plusieurs mois de rédaction, notre livre est sorti le 8 janvier 2021 aux éditions Matériologiques. Ce fut une expérience inédite et une belle aventure pour nous. Je reproduis ci-dessous la quatrième de couverture qui présente l’ouvrage :

Les ontologies computationnelles sont des représentations formelles des concepts d’un domaine et de leurs relations. Sorte de mémoire sémantique des ordinateurs, elles forment – entre autres – l’un des piliers des technologies du Web sémantique.

Cet ouvrage s’articule autour de deux approches des ontologies computationnelles. Après avoir défini de manière approfondie la notion d’ontologie computationnelle et les techniques afférentes, il pose le problème des difficultés conceptuelles et terminologiques en psychologie et neurosciences cognitives. Il tente de montrer comment la modélisation ontologique peut aider à résoudre, au moins en partie, certaines de ces difficultés. Symétriquement, il décrit comment les ontologies peuvent bénéficier de l’apport de travaux issus de la psychologie cognitive et de la psychologie sociale. Il dresse donc un panorama original des influences réciproques qui se dessinent entre ces différents domaines de recherche.

Ce livre est notamment destiné aux spécialistes de la psychologie et des neurosciences cognitives et à ceux de l’ingénierie ontologique, en rendant accessible, pour chacun de ces publics, le domaine avec lequel il se sent moins familier. Plus généralement, il intéressera toute personne curieuse du statut des concepts scientifiques – des concepts mentaux en particulier – et qui s’interrogent sur la possibilité de les formaliser et de les rendre ainsi manipulables par des machines. Il offrira aussi au public intéressé par l’ingénierie des connaissances un retour aux sources psychologiques de la discipline en proposant réflexions et éléments de méthodologie tant sur le développement que sur la construction d’ontologies.

Couverture du livre Modélisation ontologique et psychologies

Xavier Aimé & Frank Arnould (2021). Modélisation ontologique & psychologies : une influence réciproque. Paris : éditions Matériologiques. Consulter

Memory Studies — Quelques éléments bibliométriques

La revue Memory Studies publie, depuis 2008, des articles centrés sur les aspects sociaux de la mémoire. Pour être plus précis, la présentation du journal, sur sa page d’accueil, indique que celui-ci porte sur :

the social, cultural, cognitive, political and technological shifts affecting how, what and why individuals, groups and societies remember, and forget.

https://journals.sagepub.com/description/mss

Pour être franc, je connais encore mal cette publication. En effet, c’est surtout au travers des recherches en psychologie expérimentale et en psychologie cognitive que je me suis intéressé, jusqu’à présent, à la mémoire. Alors, quoi de mieux que la réalisation d’une petite analyse bibliométrique pour mieux cerner cette revue !

Pour ce faire, j’ai d’abord récupéré les documents du journal en interrogeant, le 3 octobre 2020, la base de données bibliographique Scopus. Le fichier bibTeX obtenu a ensuite été analysé à l’aide du package R bibliometrix (Aria & Cuccurullo, 2017). L’ensemble des références est disponible en téléchargement à la fin de ce texte. Le Tableau 1, ci-dessous, propose un résumé du contenu du corpus.

DESCRIPTIONRÉSULTATS
Documents546
Mots clés d’auteur1701
Période2008 – 2020
Nombre moyen de citations par document8.335
Auteurs640
Auteurs de documents à auteur unique351
Auteurs de documents à plusieurs auteurs289
Auteurs par document1.17
Indice de collaboration1.88
Type de document
Article455
Article sous presse23
Conférence4
Éditorial52
Erratum2
Note8
Revue2
TABLEAU 1. INFORMATIONS GÉNÉRALES

Le Figure 1 qui suit indique l’évolution temporelle de la production scientifique de la revue. Le taux de croissance annuel est de 8,64 %, résultant surtout d’une augmentation significative du nombre d’articles publiés depuis 2018.

Production scientifique annuelle
FIGURE 1. PRODUCTION SCIENTIFIQUE ANNUELLE

La carte du monde donne une idée de l’origine géographique des auteurs dans Memory Studies. L’intensité de la couleur est proportionnelle au nombre de publications.

PRODUCTION SCIENTIFIQUE PAR PAYS
FIGURE 2. PRODUCTION SCIENTIFIQUE PAR PAYS

Les vingt mots clés d’auteurs les plus fréquemment utilisés sont consignés dans le Tableau 2. La Figure 3 qui suit est une analyse de la co-occurrence des mots clés d’auteurs. La Figure 4 montre l’évolution temporelle des dix mots clés d’auteurs les plus fréquents.

Mot cléOccurrences
memory79
collective memory78
commemoration27
autobiographical memory17
narrative15
nationalism15
argentina14
trauma14
holocaust12
materiality11
nostalgia11
photography11
transitional justice11
oral history10
counter memory9
cultural memory9
forgetting9
genocide9
germany9
history9
TABLEAU 2. LES VINGT MOTS CLÉS D’AUTEURS LES LUS FRÉQUENTS
FIGURE 3. RÉSEAU DE COOCCURRENCE DES MOTS CLÉS D’AUTEURS
FIGURE 4. DYNAMIQUE DES MOTS CLÉS D'AUTEURS
FIGURE 4. DYNAMIQUE DES MOTS CLÉS D’AUTEURS

Le package bibliometrix permet de réaliser des cartes thématiques, dites aussi diagrammes stratégiques. Les thèmes sont représentés selon deux axes (https://www.bibliometrix.org/biblioshiny/assets/player/KeynoteDHTMLPlayer.html#0). La centralité correspond à l’importance du thème. La densité est une mesure du développement d’un thème. Cobo et al. (2011) indiquent comment interpréter ce type de représentation graphique :

• Themes in the upper-right quadrant are both well developed and important for the structuring of a research field. They are known as the motor-themes of the specialty, given that they present strong centrality and high density. The placement of themes in this quadrant implies that they are related externally to concepts applicable to other themes that are conceptually closely related.

• Themes in the upper-left quadrant have well developed internal ties but unimportant external ties and so are of only marginal importance for the field. These themes are very specialized and peripheral in character.

• Themes in the lower-left quadrant are both weakly developed and marginal. The themes of this quadrant have low density and low centrality, mainly representing either emerging or disappearing themes.

• Themes in the lower-right quadrant are important for a research field but are not developed. So, this quadrant groups transversal and general, basic themes.

Cobo et al. (2011, p. 150-151).

La Figure 5 précise donc comment comprendre les différents quadrants de la carte thématique. L’intérêt est d’utiliser ces cartes pour avoir une idée de l’évolution des thèmes avec le temps. J’ai réalisé deux cartes thématiques, à partir des mots-clés d’auteurs, pour deux périodes temporelles : 2008-2016 et 2017-2020 (Figures 6 et 7, respectivement). À mon sens, ces données doivent être analysées avec prudence, dans la mesure où la période de publication de la revue est encore peu étendue (2008-2020).

FIGURE 5. CARTE THÉMATIQUE (OU DIAGRAMME STRATÉGIQUE)
FIGURE 5. CARTE THÉMATIQUE (OU DIAGRAMME STRATÉGIQUE)
FIGURE 6. CARTE THÉMATIQUE (2008-20016)
FIGURE 6. CARTE THÉMATIQUE (2008-20016)
FIGURE 7. CARTE THÉMATIQUE (2017-2020)
FIGURE 7. CARTE THÉMATIQUE (2017-2020)

Le Tableau 3 propose les cinq articles de la revue qui sont les plus cités.

PaperTotal
Citations
Connerton, P. (2008). Seven types of forgetting. Memory Studies, 1(1), 59–71. https://doi.org/10.1177/1750698007083889321
Fivush, R. (2008). Remembering and reminiscing: How individual lives are constructed in family narratives. Memory Studies, 1(1), 49–58. https://doi.org/10.1177/1750698007083888114
Zelizer, B. (2008). Why memory’s work on journalism does not reflect journalism’s work on memory. Memory Studies, 1(1), 79–87. https:// doi.org/10.1177/175069800708389197
van House, N., & Churchill, E. F. (2008). Technologies of memory: Key issues and critical perspectives. Memory Studies, 1(3), 295–310. https:// doi.org/10.1177/175069800809379596
van Dijck, J. (2011). Flickr and the culture of connectivity: Sharing views, experiences, memories. Memory Studies, 4(4), 401–415. https://doi.org/10.1177/175069801038521583
TABLEAU 3. LES CINQ ARTICLES LES PLUS CITÉS

La part des articles publiés en accès libre dans Memory Studies est représentée dans la Figure 8.

FIGURE 8. PUBLICATIONS EN ACCÈS LIBRE

Les analyses ci-dessus n’épuisent pas toutes les possibilités qu’offre le package bibliometrix. J’ai évité, par exemple, les données nominatives (comme les auteurs ou les laboratoires ayant publié le plus grand nombre d’articles, l’indice h, etc.).

En tout cas, ce petit voyage bibliométrique m’a permis de découvrir des notions qui me sont peu familières (counter-memory, memorialization, postmemory, etc.). De quoi enrichir dans le futur le thésaurus de la mémoire !

Références citées

  • Aria, M., & Cuccurullo, C. (2017). bibliometrix: An R-tool for comprehensive science mapping analysis. Journal of Informetrics11(4), 959–975. https://doi.org/10.1016/j.joi.2017.08.007
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Crédit photo

Lysander Yuen