Histoire de l’attention

Selon le psychologue anglais Edward Titchener (1867-1927), dans un texte publié en 1908, l’attention est l’une des principales découvertes de la psychologie expérimentale :

Mais ce que j’entends par « découverte » de l’attention, c’est la formulation explicite du problème ; la reconnaissance de son statut distinct et de son importance fondamentale ; la prise de conscience que la doctrine de l’attention est le nerf de tout système psychologique, et que les hommes, tels qu’ils la jugent, seront jugés devant le tribunal général de la psychologie. 

Dans ce sens, certainement, la psychologie expérimentale a découvert l’attention.

Titchener (1908, p. 173, traduction personnelle).

La même année, le psychologue américain Walter Pillsbury (1872-1960) publie une monographie sur le sujet. Il y soutient que l’attention imprègne chaque aspect d’un individu, constituant ainsi les fondements de la vie mentale (Pillsbury, 1908).

À partir des années 1950, les travaux sur l’effet cocktail party (Cherry, 1953 ; Broadbent, 1956), et surtout la publication de Perception and Communication par le psychologue britannique Donald Broadbent (Broadbent, 1958), inscrivent l’étude de l’attention dans l’approche du traitement de l’information.

Depuis, le succès de la notion ne se dément pas, tant du côté de la psychologie (Maquestiaux, 2024) que des neurosciences cognitives (Lachaux, 2011). Pour preuve, le nombre de publications scientifiques sur le sujet, parues entre les années 2000 et 2020, est quasiment équivalent au nombre de recherches publiées durant toutes les années précédentes (Proctor & Vu, 2023).

Dans ces travaux, l’attention est étudiée en tant que concept à part entière, mais aussi en lien avec d’autres processus cognitifs tels que la mémoire (Cowan et al., 2024 ; Sherman & Turk-Browne, 2024). Son rôle et ses perturbations dans divers troubles psychiatriques et neurologiques sont régulièrement soulignés. De plus, l’attention revêt une importance pratique dans de nombreux domaines, notamment l’éducation (par exemple, le programme ATOLE, qui vise à améliorer l’attention des élèves), la vie quotidienne, les interactions sociales (attention sociale ou conjointe), l’utilisation de la technologie ou encore les activités professionnelles. L’attention semble donc être un aspect omniprésent dans l’expérience humaine.

La philosophie lui consacre aussi de nouvelles réflexions (Mole, 2021 ; Wu, 2024). Même en intelligence artificielle, des modèles d’apprentissage automatique intègrent désormais des mécanismes d’attention au sein de réseaux de neurones (Bathia & Richie, 2024 ; Galassi et al., 2021 ; Lindsay, 2020 ; Varswani et al., 2017). Ces mécanismes sont utilisés pour produire de grands modèles de langage, au cœur d’outils comme ChatGPT. Toutefois, l’attention dans ces modèles — les transformeurs — ne doit pas être confondue avec celle qui est étudiée en psychologie cognitive (Dennis et al., à paraître).

La notion d’attention semble aujourd’hui aller de soi : vous, moi, et la plupart des scientifiques, nous sommes convaincus de son importance pour un fonctionnement cognitif optimal. Mais ce constat est-il justifié ? Avant d’analyser en profondeur la notion d’attention, ce premier billet propose un aperçu historique de son étude, principalement dans les domaines de la psychologie cognitive et expérimentale. Bien entendu, comme pour tout exercice de ce genre, les choix sont subjectifs. La frise chronologique sera mise à jour à l’occasion.

Table des matières de la frise temporelle

  1. 1850-1900
    1. L’empan d’appréhension
    2. L’attention et l’aperception
    3. La préparation à répondre
    4. L’attention est un produit dérivé
    5. Le paradigme de la tâche double
    6. Première monographie sur l’attention
    7. L’attention, tout le monde sait ce que c’est
    8. L’attention visuelle sans mouvements oculaires
  2. 1900-1950
    1. L’attention au centre des activités mentales
    2. La loi de Yerkes et Dodson
    3. L’alternance de tâches
    4. Le vagabondage de l’esprit
    5. La période réfractaire psychologique
    6. La tâche de Stroop
    7. La baisse de vigilance
    8. La formation réticulée et l’attention
  3. 1950-1980
    1. L’effet cocktail party et l’écoute dichotique
    2. L’attention fonctionne comme un filtre précoce
    3. Le rétrécissement de l’attention et les émotions
    4. La théorie du filtre atténué
    5. L’attention fonctionne cormme un filtre tardif
    6. L’exploration d’une scène complexe et mouvements oculaires
    7. L’effet Simon
    8. Les potentiels de préparation latéralisés
    9. La présentation visuelle sérielle rapide
    10. Une ressource unique d’attention
    11. La vision aveugle
    12. La tâche d’Eriksen
    13. L’attention et la mémoire de travail
    14. La cécité d’inattention
    15. Les stimuli discordants
    16. Les traitements automatiques et contrôlés
    17. L’attention conjointe
    18. Les ressources multiples de l’attention
    19. La recherche visuelle et la théorie de l’intégration de traits
    20. Le paradigme de Posner
  4. 1980-2020
    1. L’inhibition de retour
    2. L’amorçage négatif
    3. Le système attentionnel superviseur
    4. Le trouble déficit de l’attention/hyperactivité
    5. La théorie prémotrice de l’attention
    6. L’automatisation repose sur la mémoire
    7. Les réseaux de l’attention
    8. Le clignement attentionnel
    9. Le singleton
    10. La théorie de la charge perceptive
    11. La théorie de la compétition biaisée
    12. La cécité au changement
    13. Les cartes de saillance
    14. Personne ne sait ce qu’est l’attention
    15. L’histoire de sélection
    16. L’attention et les transformeurs
    17. Le modèle de la recherche guidée 6.0

1850-1900

L’empan d’appréhension

1859

« Si vous jetez une poignée de billes sur le sol, il vous sera difficile d’en voir plus de six à la fois, ou sept au maximum, sans confusion. » (Hamilton, 1859, p. 177, traduction personnelle).

L’attention et l’aperception

1874

L’aperception est un concept clé dans l’édifice théorique de Wilhem Wundt (1832-1920), l’un des pionniers de la psychologie scientifique et expérimentale. Elle correspond à la saisie d’une représentation par l’attention : « Quand, au sujet de représentations, présentes à un moment donné, nous disons qu’elles se trouvaient dans le champ de regard de la conscience, il est alors permis d’appeler point de regard interne cette partie de la conscience, vers laquelle est dirigée l’attention. Nous appellerons perception l’entrée d’une représentation dans le champ de regard interne, et aperception, son entrée dans le point de regard. » (Wundt, 1874/1886, p. 231).

La préparation à répondre

1879

À partir de données introspectives, le physiologiste autrichien Siegmund Exner (1846-1926) suggère que ce qui rend une action volontaire n’est pas l’intervention de la volonté entre le stimulus et la réponse, mais la préparation intentionnelle et attentionnelle à réagir de manière spécifique avant l’arrivée du stimulus. Une fois cette préparation effectuée, la réponse devient automatique, sans nécessiter d’effort de volonté supplémentaire.

  • Exner, S. (1879). Physiologie der Grosshirnrinde. In L. Hermann (Ed.), Handbuch der Physiologie (Vol. 2, Pt. 2, pp. 189-350). Leipzig: Vogel. Cité dans Hommel, B. (2003). Acquisition and control of voluntary action. In S. Maasen, W. Prinz, & G. Roth (Eds.), Voluntary Action (pp. 34–48). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/oso/9780198572282.003.0004

L’attention est un produit dérivé

1886

Le philosophe britannique Francis. H. Bradley (1846-1924) considère l’attention comme un produit dérivé d’activité mentales plus générales et non comme une activité mentale primaire.

Le paradigme de la tâche double

1887

Le philosophe français Frédéric Paulhan (1856-1931) invente la procédure de la tâche double, consistant pour le sujet à réaliser deux tâches en même temps, afin d’étudier la répartition de l’attention entre des activités cognitives simultanées. Ce paradigme et ses raffinements sont toujours un outil essentiel pour l’étude des mécanismes attentionnels.

  • Paulhan, F. (1887). La simultanéité des actes psychiques. Revue scientifique, 13, 684-689.

Première monographie sur l’attention

1889

Ribot définit l’attention comme « un monoïdéisme intellectuel avec adaptation spontanée ou artificielle de l’individu. Si l’on préfère une autre formule : l’attention consiste en un état intellectuel, exclusif ou prédominant, avec adaptation spontanée ou artificielle de l’individu. » (Ribot, 1889, p. 9). Il distingue une forme volontaire d’une forme plus spontanée de l’attention.

  • Ribot, Th. (1889). Psychologie de l’attention. Alcan.

L’attention, tout le monde sait ce que c’est

1890

C’est ce que déclare le psychologue et philosophe américain William James (1842-1910) : « Chacun sait ce qu’est l’attention. C’est la prise de possession par l’esprit, en une forme claire et vive, d’un item, parmi plusieurs objets ou pensées possibles. La focalisation, la concentration de la conscience implique de laisser de côté certaines choses de façon à se concentrer sur d’autres efficacement et cela s’oppose à cet état confus, dispersé que les Français nomment « distraction » et les allemands Zerstreutheit. » (James, 1890, p. 403. Traduction de A. Voscaroudis, 2010).

L’attention visuelle sans mouvements oculaires

1896

Le physiologiste et physicien allemand Hermann von Helmoltz (1821-1874) suggère qu’il est possible de prêter attention à différentes parties d’une image sans mouvements oculaires.

  • Helmholtz. H. von (1896). Hundhuch der Physiologischen Optik. Drirter Abschnitt. ZH,eite Aujuge. Hamburg, Voss. Cité par : Nakayama, K., & Mackeben, M. (1989). Sustained and transient components of focal visual attention. Vision Research, 29(11), 1631–1647. https://doi.org/10.1016/0042-6989(89)90144-2

1900-1950

L’attention au centre des activités mentales

1908

Le psychologue Edward Titchener déclare que l’attention, source de la clarté sensorielle, est l’aspect fondamental de tout système psychologique. Il formule plusieurs lois de l’attention :

1. La clarté est un attribut des sensations ; 2. Loi des deux niveaux ; 3. Loi de l’accommodation; 4. Loi de l’inertie ; 5. Loi de l’entrée précédente ; 6. Loi de l’étendue limitée ; 7. Loi de l’instabilité temporelle ; 8. Loi du degré de clarté.

La loi de Yerkes et Dodson

1908

Il existe une relation en forme de U inversé entre la performance cognitive et le niveau d’éveil : les niveaux extrêmes d’éveil détériorent la performance, celle-ci étant meilleure si le niveau d’éveil est modéré.

  • Yerkes, R. M., & Dodson, J. D. (1908). The relation of strength of stimulus to rapidity of habit-formation. Journal of comparative neurology and psychology, 18(5), 459–482. http://psychclassics.yorku.ca/Yerkes/Law/

L’alternance de tâches

1927

Première utilisation du paradigme d’alternance de tâche afin d’étudier le déplacement de l’attention d’une tâche à une autre.

Le vagabondage de l’esprit

1931

Bills (1931) montre, au cours d’une série d’expériences, que l’attention des sujets se détache à plusieurs reprises de la tâche qu’ils sont en train de réaliser.

La période réfractaire psychologique

1931

Période pendant laquelle la réponse à un stimulus est différée quand celui-ci suit rapidement un stimulus précédent auquel le sujet est en train de répondre.

  • Telford, C. W. (1931). The refractory phase of voluntary and associative responses. Journal of Experimental Psychology, 14(1), 1‑36. https://doi.org/10.1037/h0073262

La tâche de Stroop

1935

Tâche inventée par Stroop (1935) et toujours utilisée pour évaluer l’attention sélective et exécutive. Le sujet doit nommer la couleur de l’encre avec laquelle sont écrits des mots désignant des couleurs. Parfois, la couleur de l’encre est différente de la couleur que le mot désigne (par exemple, le mot « Jaune » est écrit en bleu). Dans ce cas, les sujets ont tendance à répondre par la couleur désignée par le mot (Jaune) et non par le nom de la couleur de l’encre (bleu). Pour réussir cette épreuve, il faut inhiber la lecture automatique du mot pour pouvoir nommer la couleur de l’encre.

  • Stroop, R. J. (1935). Studies of interference in serial verbal reactions. Journal of Experimental Psychology, 18(6), 643‑662. https://doi.org/10.1037/h0054651

La baisse de vigilance

1948

Inspiré par le travail des opérateurs radar pendant la Seconde Guerre mondiale, Mackworth (1948) crée une situation expérimentale (Clock test) pour étudier la baisse de la vigilance dans une tâche de recherche visuelle prolongée.

La formation réticulée et l’attention

1949

Morruzi & Magoun (1949) mettent en évidence le rôle de la formation réticulée, une structure située dans le tronc cérébral, dans la vigilance et le cycle veille-sommeil.

1950-1980

L’effet cocktail party et l’écoute dichotique

1953/1956

L’effet cocktail party (Cherry, 1953) décrit le phénomène qui nous permet de sélectionner une conversation parmi d’autres, comme ce qui peut se passer au cours d’une réception, d’un buffet quand nous détectons que notre nom a été prononcé dans un autre groupe de discussion.
L’effet est étudié au moyen de la technique de l’écoute dichotique, un paradigme fondamental dans l’étude de l’attention sélective. Le principe général est le suivant : le sujet doit prêter attention à un message présenté dans l’une des oreillettes d’un casque, en le répétant, au fur et à mesure (le shadowing en anglais ou filature en français) et ignorer un message différent émis dans l’autre oreillette. L’objectif est de déterminer ce qui reste du message inattendu.

  • Broadbent, D. E. (1956). Successive responses to simultaneous stimuli. Quarterly Journal of Experimental Psychology, 8(4), 145‑152. https://doi.org/10.1080/17470215608416814
  • Cherry, E. C. (1953). Some experiments on the recognition of speech, with one and with two ears. The Journal of the Acoustical Society of America, 25(5), 975‑979. https://doi.org/10.1121/1.1907229

L’attention fonctionne comme un filtre précoce

1958

Selon Broadbent (1958), l’attention fonctionne comme un filtre qui sélectionne les informations sensorielles après l’analyse de leurs caractéristiques physiques et avant leur analyse sémantique.

  • Broadbent, D. E. (1958). Perception and communication. Scientific Book Guild.

Le rétrécissement de l’attention et les émotions

1959

Selon Easterbrook (1959), un niveau d’éveil élevé, déclenché, par exemple, par des évènements négatifs, focalise l’attention aux seuls indices pertinents de l’environnement.

  • Easterbrook, J. A. (1959). The effect of emotion on cue utilization and the organization of behavior. Psychological Review, 66(3), 183‑201. https://doi.org/10.1037/h0047707

La théorie du filtre atténué

1960

Théorie de l’attention sélective selon laquelle l’attention fonctionne comme un filtre précoce qui atténue les signaux non attendus plutôt qu’il ne les bloque.

L’attention fonctionne cormme un filtre tardif

1963

Le filtre attentionnel intervient après l’analyse sémantique des signaux, au moment de la sélection de la réponse.

L’exploration d’une scène complexe et mouvements oculaires

1967

Yarbus (1967) montre que les mouvements oculaires des participants sont différents selon qu’ils explorent une scène complexe pour se souvenir, par exemple, de la location d’objets et de personnes dans une pièce, des vêtements portés par ces personnes ou de leur âge.

  • Yarbus, A. L. (1967). Eye movements and vision. Plenum Press.

L’effet Simon

1967

Le temps de réaction à un stimulus est plus rapide quand l’emplacement du stimulus est compatible avec la réponse requise. Par exemple, le sujet doit répondre à l’apparition d’un cercle rouge avec une touche du clavier située à gauche et à l’apparition d’un cercle vert avec une touche située à droite. Le temps de réaction est plus rapide quand le cercle rouge apparaît à gauche plutôt qu’à droite et quand le cercle vert apparaît à droite plutôt qu’à gauche.

  • Simon, J. R., & Rudell, A. P. (1967). Auditory S-R compatibility: The effect of an irrelevant cue on information processing. Journal of Applied Psychology, 51(3), 300–304. https://doi.org/10.1037/h0020586

Les potentiels de préparation latéralisés

1968

Découverte d’une mesure latéralisée de la préparation motrice dérivée de l’électroencéphalographie.

La présentation visuelle sérielle rapide

1969

« Procédure expérimentale consistant à présenter séquentiellement des images au même endroit et à une cadence élevée (par exemple, dix images par seconde). » (Source : https://skosmos.loterre.fr/P66/fr/page/-GNQL7X5H-B). Ce paradigme est utilisé pour étudier le phénomène de clignement attentionnel.

  • Eriksen, C. W., & Collins, J. F. (1969). Visual perceptual rate under two conditions of search. Journal of Experimental Psychology, 80(3), 489‑492. https://doi.org/10.1037/h0027428

Une ressource unique d’attention

1973

L’attention est une ressource mentale unique et limitée.

  • Kahneman, D. (1973). Attention and Effort. Prentice-Hall.

La vision aveugle

1974

Création du terme de vision aveugle (blindsight en anglais) pour désigner la situation de patients dont les aires visuelles du cerveau sont endommagées, mais qui conservent des capacités visuelles résiduelles dans la zone aveugle, suggérant l’existence d’un forme d’attention sans conscience.

  • Sanders, M. D., Warrington, ElizabethK., Marshall, J., & Wieskrantz, L. (1974). « Blindsight »: Vision in a field defect. The Lancet, 303(7860), 707‑708. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(74)92907-9
  • Weiskrantz, L., Warrington, E., Sanders, M., & Marshall, J. (1975). Visual capacity in the hemianopic field following a restricted occipital ablation. Brain: A journal of neurology, 97, 709‑728. https://doi.org/10.1093/brain/97.1.709

La tâche d’Eriksen

1974

Tâche expérimentale pour mesurer l’attention sélective et l’inhibition des réponses au cours de laquelle les participants doivent identifier une cible sans tenir compte de stimuli contextuels distracteurs.

  • Eriksen, B. A., & Eriksen, C. W. (1974). Effects of noise letters upon the identification of a target letter in a nonsearch task. Perception & Psychophysics, 16(1), 143‑149. https://doi.org/10.3758/BF03203267

L’attention et la mémoire de travail

1974

Baddeley & Hitch (1974) jettent les bases d’un modèle de la mémoire de travail, qui serait composée d’un administrateur central, décrit comme un système de contrôle attentionnel de deux systèmes esclaves, la boucle phonologique et le calepin visuospatial (Baddeley, 1986), et d’un buffer épisodique (Baddeley, 2000). Le rôle de l’attention en mémoire de travail a fait, par la suite, l’objet de plusieurs propositions alternatives.

La cécité d’inattention

1975

Incapacité à détecter un élément inattendu, saillant, incongru parce que l’attention est captée par le traitement d’autres éléments d’une scène. (Source : https://loterre-skosmos.loterre.fr/P66/fr/page/-HN3FF41C-0)

Les stimuli discordants

1975

Le paradigme du stimulus discordant (oddball paradigm en anglais) consiste à présenter au sujet une série de stimuli identiques parmi lesquels apparaît un stimulus déviant de manière non prévisible. La tâche du sujet consiste à répondre à ce stimulus ou à compter le nombre de fois qu’il est apparu.

  • Squires, N. K., Squires, K. C., & Hillyard, S. A. (1975). Two varieties of long-latency positive waves evoked by unpredictable auditory stimuli in man. Electroencephalography and Clinical Neurophysiology, 38(4), 387–401. https://doi.org/10.1016/0013-4694(75)90263-1

Les traitements automatiques et contrôlés

1975

Schneider et Shiffrin distinguent les traitements automatiques, qui s’effectuent sans attention, de manière parallèle, indépendamment de la capacité de la mémoire à court terme, insensibles aux interférences, déclenchés dès que les conditions sont réunies, des traitements contrôlés, attentionnels, sériels et sensibles aux interférences.

  • Schneider, W., & Shiffrin, R. M. (1977). Controlled and automatic human information processing : I. Detection, search, and attention. Psychological review, 84(1), 1‑66. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.1.1
  • Shiffrin, R. M., & Schneider, W. (1977). Controlled and automatic human information processing : II. Perceptual learning, automatic attending and a general theory. Psychological Review, 84(2), 127‑190. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.127

L’attention conjointe

1975

Forme d’attention partagée qui se manifeste par la focalisation de l’attention de plusieurs personnes sur un objet ou un événement.

Les ressources multiples de l’attention

1976

Théorie selon laquelle l’attention repose sur plusieurs ressources : en attention divisée, quand deux tâches sont réalisées en même temps, l’augmentation en attention pour effectuer l’une des tâches affectera plus la performance de l’autre tâche quand toutes deux puisent dans la même ressource attentionnelle (par exemple, quand les deux tâches utilisent la même modalité sensorielle ou le même canal de sortie motrice).

  • Kantowitz, B. H., & Knight, J. L. (1976). Testing tapping timesharing, II: Auditory secondary task. Acta Psychologica, 40(5), 343–362. https://doi.org/10.1016/0001-6918(76)90016-0
  • Wickens, C. D. (1976). The effects of divided attention on information processing in manual tracking. Journal of Experimental Psychology. Human Perception and Performance, 2(1), 1–13. https://doi.org/10.1037//0096-1523.2.1.1
  • Wickens, C. D. (1984). Processing resources in attention. In R. Parasuraman & R. Davies (Eds.), Varieties of attention (pp. 63–101). Academic Press.

La recherche visuelle et la théorie de l’intégration de traits

1980

Théorie selon laquelle la recherche visuelle (localiser une cible parmi des distracteurs) commence par un traitement parallèle et préattentif des traits physiques d’une scène visuelle et se poursuit par un traitement attentif permettant l’identification des objets par intégration de leurs traits.

Le paradigme de Posner

1980

Paradigme pour étudier le déplacement de l’attention. Le sujet fixe un écran. Un indice lui indique ensuite l’endroit où doit apparaître une cible à détecter (par exemple, un point). Il doit répondre en pressant la touche Q quand la cible apparaît à gauche et la touche M quand elle apparaît à droite. L’indice est soit valide, c’est-à-dire qu’il indique bien le lieu d’apparition de la cible (par exemple, dans 80 % des essais), soit invalide, c’est-à-dire qu’il n’indique pas l’endroit exact d’apparition de la cible (dans 20 % des essais).

Deux versions du paradigme de Posner

1980-2020

L’inhibition de retour

1984

Phénomène qui se manifeste quand les sujets n’effectuent pas de saccades oculaires vers un endroit qui a récemment fait l’objet d’attention.

  • Posner, M., Cohen, Y. (1984). Components of visual orienting. In H. Bouma & D. G. Bouwhis (Eds), Attention and performance X. Control of language processes (pp. 531-554), Erlbaum.

L’amorçage négatif

1985

« Observation du ralentissement du temps de réaction lorsqu’une réponse est demandée à un stimulus que le sujet a dû ignorer dans une phase antérieure. » (source : https://skosmos.loterre.fr/P66/fr/page/-F1PMQZ2Z-S)

Le système attentionnel superviseur

1986

Élaboré pour rendre compte de données neuropsychologiques ou de la vie quotidienne, comme les actes manqués, le modèle du système attentionnel superviseur de Norman et Shallice (1986) se présente comme une théorie du contrôle attentionnel des actions. Celui-ci opère selon trois niveaux : 1. Des actions peuvent être réalisées de façon complètement automatique, sans aucune intervention attentionnelle délibérée, à partir de ce que Norman et Shallice appellent des schémas, qui sont des routines d’actions rodées et habituelles, déclenchées par des indices internes ou environnementaux. 2. Lorsque des actions entrent en conflit, le contrôle des actions s’effectue de façon semi-automatique au moyen d’un gestionnaire de priorités de déroulement qui va sélectionner l’action prioritaire à effectuer. 3. Lorsqu’il s’agit de modifier, d’inhiber ou d’interrompre des actions en cours, de stopper des automatismes (donc les schémas), le contrôle devient attentionnel et délibéré et est pris en charge par le système attentionnel superviseur.

  • Norman, D. A., Shallice, T., (1986). Attention to action: Willed and automatic control of behaviour. In R.Davidson, G.E. Schwartz, & D. Shapiro (Eds.), Consciousness and Self-Regulation: Advances in Research and Practice (Vol. 4, p. 1-18). Plenum Press.

Le trouble déficit de l’attention/hyperactivité

1987

Connu depuis le XIXe siècle et sous des appellations diverses, le Diagnostic Statistical Manuel III-R isole le trouble déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) qui se caractérise par de l’inattention, de l’impulsivité et de l’hyperactivité.

La théorie prémotrice de l’attention

1987

« l’attention découle de l’activité de circuits sensorimoteurs, plutôt que d’un centre spécifique consacré à l’attention. » (Rizzolatti & Craighero, 2010).

L’automatisation repose sur la mémoire

1988

Selon Logan, l’automatisation repose sur l’acquisition de connaissances (les traces épisodiques) spécifiques à une tâche, récupérées directement en mémoire à long terme.

Les réseaux de l’attention

1990

Réseaux cérébraux, en interaction, impliqués dans différents aspects de l’attention : le réseau d’alerte, le réseau d’orientation et le réseau exécutif.

Le clignement attentionnel

1992

Terme utilisé pour la première fois par Raymond et al. (1992) pour désigner le phénomène suivant : quand deux stimuli visuels successifs sont séparés par un intervalle de temps entre 200 et 500 ms, les observateurs échouent souvent à rapporter le second stimulus. (Source : https://loterre-skosmos.loterre.fr/P66/fr/page/-M931G1N6-G)

  • Broadbent, D. E., & Broadbent, M. H. P. (1987). From detection to identification : Response to multiple targets in rapid serial visual presentation. Perception & Psychophysics, 42(2), 105‑113. https://doi.org/10.3758/BF03210498
  • Raymond, J. E., Shapiro, K. L., & Arnell, K. M. (1992). Temporary suppression of visual processing in an RSVP task : An attentional blink? Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, 18(3), 849‑860. https://doi.org/10.1037/0096-1523.18.3.849
  • Shapiro, K., & Raymond, J. (2025). The attentional blink: Then and now. Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance51(11), 1464–1475. https://doi.org/10.1037/xhp0001350

Le singleton

1990

Paradigme expérimental permettant d’étudier comment un item distractif qui possède une propriété unique peut ralentir la recherche d’une cible en captant automatiquement l’attention.

La théorie de la charge perceptive

1994

Théorie selon laquelle plus la charge perceptive est élevée, moins les stimuli non attendus peuvent être traités (Lavie & Tsal, 1994). Un filtre précoce sur les stimuli est appliqué en cas de charge élevée et un filtre tardif en cas de charge basse.

  • Lavie, N. (1995). Perceptual load as a necessary condition for selective attention. Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, 21(3), 451‑468. https://doi.org/10.1037/0096-1523.21.3.451
  • Lavie, N., & Tsal, Y. (1994). Perceptual load as a major determinant of the locus of selection in visual attention. Perception & Psychophysics, 56(2), 183‑197. https://doi.org/10.3758/BF03213897
  • Murphy, G., Groeger, J. A., & Greene, C. M. (2016). Twenty years of load theory—Where are we now, and where should we go next? Psychonomic Bulletin & Review, 23(5), 1316‑1340. https://doi.org/10.3758/s13423-015-0982-5

La théorie de la compétition biaisée

1995

Théorie selon laquelle les informations entrent en compétition pour être ensuite sélectionnées par l’attention, celle-ci étant biaisée vers les informations pertinentes pour la réalisation de la tâche en cours.

La cécité au changement

1997

Incapacité à détecter un changement entre deux versions successives d’une scène, généralement séparées par un masque.

Les cartes de saillance

1998

« L’objectif de la carte de saillance est de représenter la conspicuité, ou “saillance”, pour chaque endroit du champ visuel, par une quantité scalaire, et de guider la sélection des endroits visités en fonction de la distribution spatiale de la saillance. » (Itti et al., 1998, p. 1255, traduction personnelle).

  • Itti, L., Koch, C., & Niebur, E. (1998). A model of saliency-based visual attention for rapid scene analysis. IEEE Transactions on Pattern Analysis and Machine Intelligence, 20(11), 1254–1259. https://doi.org/10.1109/34.730558

Personne ne sait ce qu’est l’attention

2011-2023

Des critiques sur le concept d’attention sont émises dans une série d’articles.

L’histoire de sélection

2012

La sélection d’un item par l’attention n’est pas seulement dirigée par les buts et intentions du sujet (traitement descendant) et par la saillance du stimulus (traitement ascendant), mais également par le fait qu’il a été précédemment attendu dans un contexte donné (Awh et al., 2012).

  • Awh, E., Belopolsky, A. V., & Theeuwes, J. (2012). Top-down versus bottom-up attentional control: A failed theoretical dichotomy. Trends in Cognitive Sciences, 16(8), 437–443. https://doi.org/10.1016/j.tics.2012.06.010

L’attention et les transformeurs

2017

Un mécanisme d’attention est intégré dans certains modèles de réseaux de neurones artificiels — les transformeurs — pour l’apprentissage automatique.

  • Vaswani, A., Shazeer, N., Parmar, N., Uszkoreit, J., Jones, L., Gomez, A. N., Kaiser, L., & Polosukhin, I. (2017). Attention is all you need. ArXiv:1706.03762 [Cs]. http://arxiv.org/abs/1706.03762

Le modèle de la recherche guidée 6.0

2021

Évolution la plus récente du modèle de la recherche guidée (Wolfe, 2021) qui est une alternative au modèle d’intégration de traits, selon lequel une carte de priorité (priority map) guide l’attention sélective.


Références citées

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  • Wu, W. (2024). Attention (2nd ed). Routledge.

Histoire de l’attention © 2025 par Frank Arnould sous licence CC BY-NC 4.0. Pour voir une copie de cette licence, visitez https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/

Portraits-robots : à lire

En 1910, en Angleterre, le portrait-robot, sous la forme d’un croquis du criminel, a été utilisé pour la première fois dans l’histoire judiciaire. Cette technique a permis l’arrestation du Docteur Crippen, soupçonné du meurtre de son épouse, alors qu’il tentait de fuir le pays à bord d’un paquebot transatlantique.

À ma connaissance, en France, la technique a été introduite lors de l’enquête sur le meurtre d’Eugénie Bertrand en 1953. Malheureusement, son utilisation s’est avérée infructueuse. Les enquêteurs ont employé une technique conçue quelques années auparavant par Roger Dambron. L’inventeur découpait des photographies de personnes, et l’assemblage des morceaux obtenus permettait de créer de nouveaux visages.

Comment expliquer ce résultat décevant ? Les chercheurs s’accordent généralement à dire que nous analysons les visages de manière globale, un mode de traitement appelé configural, et plus précisément holistique. Or, la méthode des portraits-robots impose aux témoins oculaires d’aborder les visages trait par trait. Ce mode de traitement cognitif serait donc incompatible avec la manière habituelle dont nous percevons et reconnaissons les visages.

Les chercheurs ne se découragent pas et explorent diverses pistes pour améliorer la technique. Par exemple, certains ajoutent un entretien holistique pour encourager le témoin à se concentrer sur la configuration globale du visage. D’autres utilisent le morphing de portraits-robots de témoins différents, ce qui permet d’obtenir une représentation plus fidèle du visage que les portraits-robots individuels. Enfin, certains développent des logiciels évolutionnistes (ou darwiniens) pour la construction de portraits-robots, tels que EvoFIT, EFIT-V et ID, qui reposent sur le principe du traitement holistique des visages. Bien entendu, les algorithmes d’apprentissage automatique viennent également enrichir l’arsenal méthodologique des chercheurs.

Les intervenants dans le milieu judiciaire ne sont peut-être pas au courant de l’existence d’une littérature scientifique conséquente sur les portraits-robots. Afin de faciliter l’accès à ces ressources, j’ai compilé, sans prétendre à l’exhaustivité, plus de 160 références bibliographiques publiées entre 1975 et 2023. La bibliographie est disponible en téléchargement ci-dessous dans deux formats : PDF, pour une lecture et une impression aisées, et RIS, pour intégration dans des logiciels de gestion bibliographique tels que Zotero, Endnote et Mendeley.

Celles et ceux qui souhaitent se familiariser rapidement avec les travaux sur les portraits-robots peuvent consulter une synthèse de la littérature, rédigée par un expert du domaine. L’auteur y présente les progrès récents de la méthode, qui permettent de créer des représentations visuelles de visages de plus en plus réalistes, renforçant ainsi son utilité dans le cadre d’enquêtes judiciaires :

  • Frowd, C. D. (2021). Forensic facial composites. In A. M. Smith, M. P. Toglia, & J. M. Lampinen (Eds.), Methods, measures, and theories in eyewitness identification tasks (pp. 34–64). Routledge. https://doi.org/10.4324/9781003138105-5

Les travaux sur les portraits-robots ont ceci de passionnant qu’ils construisent un pont entre, d’une part, la recherche fondamentale sur la perception et la reconnaissance des visages, et, d’autre part, une préoccupation pratique, à savoir l’identification du suspect d’un délit ou d’un crime.

Crédit photo

Photo bannière de Mikhail Nilov.

Amnésie illusoire

Mise à jour : 20 mai 2025

Durant les années 1990, la polémique sur les souvenirs retrouvés d’agressions sexuelles infantiles a été l’une des plus virulentes dans les champs de la psychologie et de la psychiatrie. Cette « guerre des souvenirs » opposait deux camps. D’un côté du front, certains cliniciens et thérapeutes pensaient que des événements traumatisants pouvaient être totalement oubliés. Néanmoins, jugeaient-ils, les souvenirs de ces expériences, même de celles qui avaient été vécues pendant les toutes premières années de la vie, n’avaient pas été effacés de la mémoire de leurs patients, et agissaient insidieusement sur leurs comportements et leur santé mentale. Ces souvenirs étaient susceptibles d’être recouvrés au moyen de techniques psychothérapeutiques appropriées, pour supposément aider les personnes à se sentir mieux par la suite.

De l’autre côté du front, des chercheurs émettaient des réserves sur la véracité de certains souvenirs retrouvés, principalement de ceux récupérés au cours de formes particulières de thérapies. Les méthodes utilisées étaient perçues comme suggestives et de nature à provoquer la formation de faux souvenirs (Lynn et al., 2008 ; Otgaar et al., 2022a). D’ailleurs, certains patients ayant découvert ces prétendus souvenirs au cours d’une psychothérapie tendancieuse ont fini par rétracter leurs accusations (Li et al., 2023 ; Otgaar et a., 2025).

Ces scientifiques remettaient également en cause les mécanismes spécifiques censés expliquer les cas d’amnésie traumatique, comme le refoulement et la dissociation, au profit d’interprétations prenant appui sur ce que l’on sait du fonctionnement habituel de la mémoire (pour des revues récentes sur ce sujet, voir de Brigard, à paraître ; Dodier, 2021 ; Lynn et al., 2023 ; Mangiulli et al., 2022 ; Otgaar et al. 2022b ; Otgaar et al., à paraître) .

Depuis, la querelle entre belligérants ne s’est pas vraiment apaisée. Les hostilités entre les deux camps rebondissent régulièrement (Battista et al., 2023 ; Dodier, 2019 ; Otgaar et al., 2019 ; Patihis et al., 2014 ; Shaw & Vredeveldt, 2018). Cependant, pour mieux comprendre ce débat, il est crucial de prendre en compte le contexte dans lequel ces souvenirs sont découverts. Si certaines personnes les retrouvent graduellement au cours d’une thérapie, d’autres s’en souviennent spontanément, de manière abrupte et avec surprise, au détour d’un indice rencontré dans leur environnement qui a réveillé, en quelque sorte, leur mémoire. Ces souvenirs spontanés seraient corroborés par des preuves externes aussi souvent que les souvenirs continus de sévices subis pendant l’enfance, sans période d’oubli, et ce, contrairement aux souvenirs retrouvés en thérapie (Geraerts et al., 2007, voir Encadré 1).

Encadré 1. Les souvenirs retrouvés sont-ils corroborés par les faits ?
Dans un travail publié en 2007, Elke Geraerts et ses collaborateurs ont cherché à savoir dans quelle mesure les souvenirs d’agressions sexuelles infantiles étaient corroborés par des preuves externes (Geraerts et al., 2007). Pour ce faire, l’équipe de chercheurs a diffusé des annonces dans des journaux locaux afin de constituer un échantillon de personnes ayant de tels souvenirs. Parmi les répondants, certains n’avaient jamais oublié ce qu’ils avaient subi. D’autres, après une période d’oubli, s’en étaient souvenus spontanément ou bien graduellement au cours d’une thérapie.

Au cours de l’entretien qui a été mené auprès de ces personnes, l’interviewer a demandé d’indiquer toute preuve pouvant corroborer les allégations. Deux chercheurs indépendants, non informés du type de souvenir de chaque participant, ont ensuite été chargés d’interroger des personnes tierces pouvant fournir des confirmations potentielles des sévices. Les souvenirs d’agression étaient corroborés lorsqu’au moins l’un des critères suivants était rempli : 1) une tierce personne a affirmé avoir été rapidement informée de l’existence de l’agression (dans la semaine ayant suivi les faits) ; 2) une tierce personne a rapporté avoir été elle-même victime du même agresseur ; 3) une personne a reconnu être l’auteur de l’agression.

Des preuves confirmant les agressions ont été observées dans 37 % des cas de souvenirs retrouvés spontanément, et dans 45 % des cas de souvenirs continus sans période d’oubli (la différence n’était pas statistiquement signitificative). Aucune preuve n’a pu être repérée pour corroborer les cas de souvenirs d’agressions retrouvées au cours d’une thérapie.

En outre, la découverte de tels souvenirs a été ressentie avec plus de surprise par les participants les ayant retrouvés fortuitement que par les participants les ayant recouvrés en thérapie, comme si ces derniers avaient été en quelque sorte préparés à les voir émerger.

Les résultats de cette étude suggèrent qu’il est important de distinguer les souvenirs d’agressions sexuelles infantiles retrouvés spontanément de ceux récupérés au cours d’une thérapie. Les premiers ont été corroborés par des preuves externes aussi fréquemment que les souvenirs continus de tels sévices. L’expérience subjective au moment de la découverte des souvenirs est aussi différente.

Sans tirer de conclusions hâtives sur la base d’une seule étude, il est important de noter que les souvenirs retrouvés en thérapie ne sont pas systématiquement faux. Les critères de corroboration n’étaient peut-être pas suffisants pour étayer certaines allégations. Cependant, leur véracité pourrait être plus souvent sujette à caution, en particulier lorsque des techniques thérapeutiques suggestives sont utilisées.

En étudiant plusieurs cas de souvenirs retrouvés spontanément, le psychologue américain Jonathan Schooler et ses collègues ont fait une découverte inattendue (Schooler, Ambadar, & Bendicksen, 1997 ; Schooler, Bendicksen, & Ambadar, 1997). Pendant la période d’amnésie supposée, deux des personnes interrogées s’étaient pourtant bien confiées à un proche à propos des agressions qu’elles avaient subies. Autrement dit, ces victimes avaient complètement oublié qu’elles s’étaient déjà souvenues des faits dans le passé : c’est le phénomène d’oubli d’une récupération antérieure (forgot-it-all-along effect en anglais). Voici un exemple de l’un des deux cas décrits :

TW, une femme de 51 ans qui s’est souvenue, à l’âge de 34 ans, d’avoir subi des attouchements d’un ami de la famille alors qu’elle était en vacances en Jamaïque à l’âge de 9 ans. […] TW a découvert qu’elle avait été victime d’attouchements à l’âge de 9 ans après avoir été invitée à assister à une conférence sur les agressions sexuelles. TW a décrit sa réaction à cette découverte comme suit : « Lorsque je m’en suis souvenue pour la première fois, j’ai été surprise. J’ai été complètement déconcertée. Puis j’ai… je ne me souviens même pas d’avoir parlé… J’étais complètement dépassée. » […] TW pense également qu’elle n’avait aucune connaissance de l’existence du souvenir avant sa découverte. Comme elle le dit, « l’état de ma mémoire à cette époque était nul… inexistant ». […] TW a également parlé de son expérience avec son ancien mari avant son expérience de découverte du souvenir. Dans un entretien séparé, le mari de TW a déclaré qu’elle avait mentionné l’incident de l’agression à plusieurs reprises au cours de leur mariage (qui s’est terminé avant la découverte [du souvenir]).

Schooler, Ambadar & Bendicksen (1997, p. 381 ; 382 ; 382, traduction personnelle).

Comment un tel phénomène est-il possible ? Schooler et ses collaborateurs ont émis l’hypothèse selon laquelle, au moment où des personnes font l’expérience d’un souvenir retrouvé, le rappel de celui-ci peut parfois s’effectuer d’une façon différente de celle qui a permis le souvenir précédent (Schooler, 2001). Par conséquent, « se rappeler un événement d’une manière X peut entraîner l’oubli de son souvenir antérieur réalisé d’une manière Y » (Arnold & Lindsay, 2002, p. 521).

Les psychologues américains Michelle Arnold et Stephen Lindsay (2002, 2005) ont mis au point un élégant paradigme expérimental pour tester cette idée en laboratoire. De manière simplifiée, la procédure consiste à demander tout d’abord aux participants à l’expérience d’étudier des mots homographes. Par exemple, le terme anglais Palm peut signifier à la fois une partie de la main (la paume) et un arbre (le palmier). Dans la liste d’étude, chaque mot homographe est associé à un indice, par exemple, hand-palm (main-paume) qui permet de désambiguïser son sens. Lors d’un premier test de la mémoire, les sujets doivent se souvenir d’un sous-ensemble des mots homographes mémorisés et présentés avec le même indice que celui de la liste d’étude (hand-p_ _ m) ou bien avec un autre indice qui renvoie à la seconde signification de l’homographe (tree-p_ _ m).

Dans le second test, la mémoire de tous les mots étudiés est évaluée, mais seulement à l’aide des indices présentés durant l’étude (voir le tableau ci-dessous pour un résumé de la procédure). Pour chaque mot rappelé, les sujets doivent en plus indiquer s’ils s’en sont souvenus dans le test de mémoire précédent. Le résultat principal est le suivant : les participants oublient plus facilement de s’être souvenus précédemment d’un mot lorsque celui-ci a été indicé de manière différente au cours des deux tests (voir Janssen et al. [2022] pour une étude de réplication et d’extension à des contextes émotionnels des données d’Arnold et Lindsay [2002])

Étude Test 1Test 2Oubli d’une récupération antérieure
Indice X
hand-palm
Indice X
hand-p_ _m
Indice X
hand-p_ _m
Faible
Indice X
hand-palm
Indice Y
tree-p_ _m
indice X
hand-p_ _m ?
Élevé
TABLEAU 1. L’EFFET D’OUBLI D’UNE RÉCUPÉRATION ANTÉRIEURE (D’APRÈS ARNOLD & LINDSAY, 2002)

Dans un article à publié dans Topics In Cognitive Science, les chercheurs en psychologie Kristine Anthony et Steve Janssen, de l’Université de Nottingham, en Malaisie, font le point sur ce que l’on sait aujourd’hui à propos de ce phénomène (Anthony & Janssen, 2024). En voici les éléments essentiels.

À l’aide de la méthode d’indiçage ou d’autres moyens d’exploration, les auteurs de l’article nous apprennent que l’effet d’oubli d’une récupération antérieure a été observé dans des recherches expérimentales lorsque, outre des mots, la mémoire de phrases, d’images ou d’expériences autobiographiques a été testée. Si l’effet se manifeste bien chez les jeunes adultes, les personnes âgées y seraient encore plus sensibles. Par ailleurs, le phénomène est exacerbé quand l’intervalle de temps séparant le premier test du second test de mémoire s’allonge.

Les deux chercheurs soulignent que les résultats de ces études pourraient être difficilement généralisables. En effet, les stimuli utilisés ne sont généralement pas associés à des émotions fortes et manquent souvent de pertinence personnelle. Cependant, lorsque ces deux facteurs sont pris en compte, l’effet d’oubli d’une récupération antérieure ne semble pas en être affecté. Autrement dit, il n’est ni exagéré ni affaibli. Néanmoins, le niveau d’émotion associé aux stimuli présentés dans ces travaux en laboratoire est probablement moins intense que celui accompagnant certains souvenirs autobiographiques de la vie réelle, en particulier ceux d’agressions sexuelles.

Selon les auteurs de la revue, plusieurs mécanismes cognitifs, non mutuellement exclusifs, peuvent être invoqués pour comprendre le phénomène d’oubli d’une récupération antérieure. Le premier de ces mécanismes repose sur notre capacité à identifier les circonstances dans lesquelles nos souvenirs ont été acquis et encodés. Cette surveillance sur la source des souvenirs (Johnson et al., 1993) est d’autant plus facile à opérer que les souvenirs sont riches en détails perceptifs et en informations contextuelles. Jonathan Schooler et ses collègues ont observé que les personnes qui s’étaient confiées à leur proche pendant la période d’amnésie supposée, l’avait fait sans manifester d’émotion particulière. L’encodage de ces remémorations n’aurait peut-être pas été suffisamment riche pour leur permettre d’identifier par la suite la source de ces récupérations antérieures, favorisant ainsi leur oubli. De plus, les personnes âgées éprouvent des difficultés à exercer la surveillance sur la source de leurs souvenirs et à construire une mémoire des informations contextuelles. Ceci expliquerait pourquoi l’oubli d’une récupération antérieure est plus intense chez les séniors que chez les adultes plus jeunes.

Le second mécanisme repose sur le fameux principe d’encodage spécifique (Tulving & Thompson, 1973). Celui-ci suggère une dépendance entre le contexte d’encodage et le contexte de récupération des souvenirs. Ainsi, pendant la phase de test de la mémoire, la réintroduction d’un indice contextuel présent au moment de l’encodage d’une information facilite sa récupération. L’oubli d’une récupération antérieure s’expliquerait alors par un changement entre le contexte des remémorations précédentes et celui de la récupération présente. Des travaux montrent effectivement que l’effet se réduit quand on rappelle aux participants les circonstances d’encodage des récupérations faites dans le passé.

La troisième classe de mécanismes cognitifs évoquée nous conduit parfois à commettre des erreurs dans la datation de nos souvenirs. Ainsi, une forme de l’effet télescopique pourrait amener des personnes à juger que des récupérations récentes d’un souvenir sont plus éloignées dans le temps qu’en réalité. D’ailleurs, pour dater des souvenirs, nous aurions tendance à utiliser la stratégie suivante : les expériences vécues sont jugées plus récentes si leurs souvenirs contiennent de nombreux détails ; s’ils en contiennent peu, elles sont jugées être plus éloignées dans le passé, car nous avons pu oublier des détails avec le temps. Cette heuristique temporelle fonctionne bien dans la plupart des cas, mais elle génère des erreurs de datation à l’occasion. Par exemple, si une expérience récente a été encodée en mémoire de manière appauvrie, elle court le risque d’être évaluée comme ayant eu lieu dans un passé plus lointain qu’en réalité, car son souvenir manque de détails. Nous l’avons vu, cela peut-être le cas lors d’une récupération antérieure d’un souvenir d’agression sexuelle pendant la période d’amnésie supposée.

Quelles sont les implications de ces travaux ? L’oubli d’une récupération antérieure suggère que les individus pourraient ne pas se souvenir de s’être déjà souvenus de faits personnels. Ce phénomène créerait alors l’illusion que ce sont ces faits eux-mêmes qui font l’objet d’une amnésie. Malgré les limites des recherches entreprises jusqu’ici, les auteurs de la revue bibliographique estiment que ce type d’oubli est suffisamment « robuste » pour en informer magistrats, jurés et le grand public.

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Extraire les données d’un graphique

Vous souhaitez extraire les données d’un graphique, par exemple pour le reproduire dans votre présentation Keynote ou PowerPoint avec le thème que vous avez choisi, voire dans une publication ? Voici l’outil qu’il vous faut : Webplotdigitizer. Il s’agit d’une application gratuite en ligne ou exécutable sur votre ordinateur (macOS pour Intel et Apple Silicon, Linux et Windows). Sur mes Macs, il remplace à merveille GraphClick, un logiciel que j’ai longtemps utilisé, mais qui ne fonctionne plus sur les dernières itérations de macOS. Son développement semble aussi définitivement arrêté.

Avec Webplotdigitizer, la récupération des données du graphique s’effectue manuellement ou automatiquement. Dans ce tutoriel introductif, je vous présente la première solution. Il s’agit simplement d’un aperçu rapide des possibilités de l’outil.

La première étape consiste à charger une image contenant un graphique (courbe, histogramme, etc.) dont on souhaite extraire les données.

File>Load image(s)

Dans cet exercice, je vais utiliser un graphique que j’ai réalisé pour le thésaurus de la mémoire. Celui-ci présente deux courbes d’oubli, à partir des données d’Ebbinghaus (1885) et d’une réplication par Murre & Dros (2015). Au moment du chargement de l’image, vous devez indiquer le type de graphique, spécifier les axes avec leurs valeurs minimales et maximales.

Durant l’étape suivante, nous allons renommer le premier jeu de données pour la courbe d’Ebbinghaus, puis cliquer sur chaque point de données de la courbe correspondante pour en extraire les valeurs. Ensuite, nous allons créer un second jeu de données, le renommer Murre & Dros, et récupérer de la même façon les données de la courbe obtenue par ces auteurs.

Au cas où, il est possible d’ajuster après-coup un point de données. Il suffit de le sélectionner puis de s’aider des touches fléchées du clavier pour l’affiner. Un zoom permet de mieux cibler le point.

Il ne reste ensuite qu’à télécharger le fichier de données au format csv ou de visualiser directement le résultat sur Plotly.

Dans le domaine de la psychologie de la mémoire, Webplotdigitizer a été utilisé, par exemple, par Kahana et al. (sous presse) et Wixted et Wells (2017).

Références citées

  • Ebbinghaus, H. (1885/2011). La mémoire: recherches de psychologie expérimentale (Traduction de S. Nicolas). L’Harmattan.
  • Kahana, M. J., Diamond, N. B., & Aka, A. (sous presse). Laws of human memory. In M.J. Kahana and A.D. Wagner, The Oxford Handbook of Human Memory. Oxford University Press
  • Murre, J. M. J., & Dros, J. (2015). Replication and analysis of Ebbinghaus’ forgetting curve. PLOS ONE10(7), e0120644. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0120644
  • Wixted, J. T., & Wells, G. L. (2017). The relationship between eyewitness confidence and identification accuracy: A new synthesis. Psychological Science in the Public Interest18(1), 10–65. https://doi.org/10.1177/1529100616686966

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Souvenirs de l’engramme

L’idée que la conservation des souvenirs se traduit par des changements physiques ou chimiques durables dans le cerveau est, vous le savez, très ancienne (la fameuse métaphore de l’empreinte dans la cire chez Platon et Aristote, par exemple). Dans la littérature scientifique et philosophique, ces modifications sont aujourd’hui appelées des traces mnésiques ou des engrammes. Les deux expressions sont généralement considérées comme équivalentes.

Cependant, une analyse exploratoire des cooccurrences des mots-clés d’auteurs d’articles portant sur ces thèmes indique que ces descripteurs ne se chevauchent pas. Dit autrement, les deux notions seraient utilisées dans des contextes sémantiques en partie distincts. Celle d’engramme est plus souvent exprimée dans les études portant sur les bases neurophysiologiques (synaptiques, cellulaires) de la mémoire, surtout chez l’animal non humain. Celle de trace mnésique est fréquemment associée aux aspects plus cognitifs et de haut niveau du fonctionnement mnésique. La Figure 1 présente le réseau des cooccurences, obtenu à partir d’une requête sur le Web of Science. Les synonymes ou graphies différentes (par exemple, memory engram, engrams) d’une notion ont été fusionnés avec un terme préférentiel (engram). La visualisation du réseau a été réalisée avec VosViewer.

FIGURE 1. RÉSEAU DES COOCCURRENCES DES MOTS-CLÉS D’AUTEURS
CLIQUER SUR L’IMAGE POUR ACCÉDER À LA VERSION DYNAMIQUE DU RÉSEAU

Les mêmes données montrent une utilisation croissante du terme d’engramme à partir des années 2010 (Figure 2). Celle-ci est certainement liée à l’intégration de l’optogénétique dans la trousse à outils des chercheurs en neurobiologie pour l’étude de la mémoire, et à la découverte concomitante des « cellules d’engramme ». Très brièvement, cette méthode consiste à insérer, dans des neurones du cerveau sélectivement ciblés, des gènes codant pour une protéine photosensible, de la classe des opsines, provoquant alors soit une dépolarisation (lumière bleue), soit l’hyperpolarisation (lumière jaune) des neurones. Dans le premier cas, la lumière va activer les neurones, dans le second, elle va les inhiber. L’expérimentateur peut donc contrôler à sa guise le comportement des cellules nerveuses (lire ici une présentation très claire de la technique).

FIGURE 2. ÉVOLUTION TEMPORELLE DES OCCURRENCES DES TERMES TRACE MNÉSIQUE ET ENGRAMME DANS LES MOTS-CLÉS D’AUTEURS
CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR

La frise temporelle ci-dessous propose une sélection, par définition subjective, de dates dans l’histoire de la notion d’engramme, depuis l’invention du terme jusqu’aux résultats récents issus de l’application de l’optogénétique.

UTILISEZ LES COMMANDES DE PAUSE ET DE LECTURE POUR NAVIGUER DANS LA VIDÉO

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